19/02/2015

1.2 Manifestations avec des caractéristiques partagées par les marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse: Sougnî (Soignies)

 

SOIGNIES - LE GRAND TOUR ET LA PROCESSION SAINT-VINCENT

 

1. COORDONNEES D'IDENTIFICATION

 

Type : procession (de reliques) et tour (long itinéraire traditionnel pour pèlerins à travers les rues de la ville et les campagnes environnant es)

Date : se déroule le lundi de la Pentecôte, la première le matin,

l'autre à llh. Parfois le tour a lieu à des moments particu­liers, non prévisibles ici: pour demander de la pluie ou du bon temps ou pour obtenir une guérison.

Renseignements pratiques: Le départ du "Grand Tour Saint-Vincent" a lieu à 6 h. du matin au parvis de la collégiale. Il est donc long de 12 km. Il se termine vers 10 h.30. Il rejoint la Procession Historique proprement dite au haut du Faubourg d'Enghien vers Enghien. Vers 11 h. ou 11 h.30 l'ensemble reprend le départ pour la rentrée solennelle en ville. Vers 1 h. se fait la rentrée des reliques de Saint-Vincent à la collégiale. Ce dernier moment est important car on y assiste à la remise en place très spectaculaire des reliques.

  

2. DESCRIPTION ACTUELLE DE LA MANIFESTATION 

 

Les divers lieux de la manifestation

 

Chacun des lieux décrits ci-dessous correspond à un moment bien caractéristique de la manifestation.

La collégiale Saint-Vincent ouvre ses portes dès quatre heures du matin. On y célèbre deux messes avant le départ du grand Tour à 6 heures. De nombreux pèlerins y assistent déjà. La châsse de Saint-Vincent qui se trouve tout au long de l'année au-dessus de l'autel principal en est descendue grâce à un mécanisme très ancien. En outre les jours précé­dents, les Sonégiens ont déployé entre les deux clochers de la collé­giale une trentaine d'oriflammes qu'ils appellent "Caleçons de Saint-Vincent", formule pleine de bonhomie. Les reliques seront ramenées à l'intérieur de la collégiale vers 1 heure de l'après-midi", une fois les cérémonies terminées.

Le Grand Tour, circuit long d'une douzaine de kmj, jalonné de chapelles très anciennes dédiées à Saint-Vincent et décorées depuis la veille - ou l'avant-veille de feuillages. Deux jours avant le Grand Tour proprement dit, quarante ou cinquante volontaires parfois font le tour à "Foyas". Au siècle passé, leur tâche consistait surtout à remettre les routes qu'on devait emprunter pour le Tour dans le meilleur état possible et à poser les feuilles-jalons du circuit. En même temps, on procédait à la décoration des diverses chapelles de l'itinéraire traditionnel.

Aujourd'hui encore, les Sonégiens préparent le lundi de la Pentecôte en essayant de donner à leur maison qui recevra ce jour-là parents et amis, un aspect un peu plus brillant que les jours ordinaires.

La procession proprement dite est en somme la continuation, plus exac­tement la fin solennisée du Grand Tour. En effet, vers 10 h.30, le cor tige des reliques arrive en haut du faubourg d'Enghien. C'est là qu'at­tendent les 5 ou 600 figurants de la procession historique retraçant la vie de Saint-Vincent. Ce dernier trajet se fait d'abord jusqu'à la collégiale, puis par la rue Scarmure, rue Neuve, rue de Mons, rue Grégoi­re Wincqz, rue Clerbous, rue P.-J. Wincqz, rue de la station et retour à la collégiale. A l'origine, du faubourg d'Enghien, on revenait directe­ment et définitivement à la collégiale où se faisait la remise en place des reliques. Mais ces dernières années ont vu, du fait de l'accrois­sement des spectateurs et des curieux, un allongement du trajet à tra­vers les rues de la cité.

 

Acteurs

 

II y a une différence considérable entre ceux qui participent au grand tour d'une part et les figurants de la procession historique d'autre part.  Il faut savoir en effet que la procession historique comme elle retrace la vie de Saint-Vincent et n'est finalement pas des plus anciennes.  C'est en 1921 que les chars, les cavaliers costumés (sauf l'homme de fer) et tous les figurants ont été introduits dans la mani­festation d'hommage à Saint-Vincent, qui elle se déroule depuis beau­coup plus longtemps à Soignies puisqu'elle est vieille de plus de 700 ans comme on le verra plus loin.

Les acteurs de la procession historique sont des enfants des écoles pour les pages et certaines escortes. Ce sont aussi des gens qui se sont pré­sentés bénévolement ou qui ont été recrutés par contacts personnels.

Il en est tout autrement de ceux qui dès le matin participent au grand Tour Saint-Vincent. Il s'agit là tout d'abord des membres de la Confrérie Saint-Vincent, fondée à Soignies en 1599- Leur étendard figure dans la procession des reliques, juste avant la châsse du corps de Saint-Vincent, elle-même portée par les confrères. Ceux-ci se reconnaissent au bâton qu'ils portent et où sont figurées les armes de la ville et une image du Christ , souffrant (inspirée de la Sainte Face). On peut admirer un grand nombre de ces bâtons de Saint-Vincent au Musée du Vieux-Cimetière, à proximité de la collégiale. Il en est parmi eux de très anciens.

Il y a également les représentants des confréries de Saint-Vincent à Cambron-Saint-Vincent et à Strépy (patrie d'origine de Saint-Vincent ).

Le .public le plus large participe activement au Grand Tour. Certains pèlerins n'attendent pas la sortie des reliques à 6 heures pour par­courir auparavant individuellement l'itinéraire traditionnel. Ces pè­lerins rentrent déjà quand le véritable Grand Tour Saint-Vincent va se mettre en route.

A partir de 6 heures donc une foule abondante va suivre les reliques tout au long du chemin.

 

Le déroulement de la manifestation

 

1. Les différents moments du Grand Tour

Avant le départ proprement dit, dès k heures du matin, deux messes sont célébrées à la collégiale pour les pèlerins.

Le départ se situe à 6 heures. Le trajet se fait de manière continue, sauf deux haltes. La première a lieu à la chapelle Tilleriaux. On y vénère d'abord les reliques de Saint Landry, fils de Vincent, puis un prêtre prononce le traditionnel "Panégyrique" de Saint-Vincent. C'est le rappel de la vie et des vertus du thaumaturge et de la signi­fication de sa vénération. On reprend ensuite le chemin de chapelle en chapelle.

La deuxième et dernière halte se fait à l'église de la paroisse de Soignies-Carrières. Le doyen de la collégiale y célèbre une messe. Certains pèlerins partent alors se restaurer tandis que d'autres assis­teront à la messe et accompagneront ensuite les reliques du Saint jusqu'en haut du Faubourg d'Enghien

 

2.  La procession historique : ordre et composition

Distinguer les diverses sections de la procession historique c'est un peu retracer la vie de Saint-Vincent puisque les diverses sections s'inspirent des différents épisodes de cette vie.

Par la même occasion, on peut comprendre aussi le sens de la manifes­tation et le pourquoi de la vénération des Sonégiens à l'égard de Saint-Vincent.

Le cortège est ouvert par un détachement de la police locale et par une fanfare.

Images de l'enfance et de la vie de Saint-Vincent à Strépy. Dames d'honneur et enfants - Madelgaire (nom de Vincent avant sa conversion) et son épouse Waudru (patrone de Mons) - Leurs enfants: Landry, Dentelin, Aldetrude et Madelberte - Pages et suivantes.

Scènes inspirées par le récit d'une pacification effectuée par Madel­gaire auprès des Ibères.

Episode du monastère de Hautmont. Madelgaire l'érigé et le dote. Diverses scènes se succèdent: Oblats portant la châsse de Saint-Marcel -Moines bénédictins - Aubert évêque de Cambrai - Madelgaire, comte de Hainaut. On le voit au milieu de-ses fils, près de son épouse entourée elle-même et accompagnée de ses deux filles - Pages - dames d'honneur et officiers suivent nombreux.

C'est à Soignies que s'achève la vie de Saint-Vincent. D'abord novice à Hautmont, il désire rompre davantage avec le passé et partir fonder sa propre mission qu'il érigea à Soignies. Il y mourut en 677. Sur un char, un ange découvre à celui qui est devenu Vincent (vainqueur) l'avenir de sa fondation: l'abbaye et la cité qui en naîtra.

Vient ensuite la procession des reliques. On peut y voir la Fanfare Royale "les amis de la liberté" d'Huizingen, qui participe à la mani­festation depuis plus de 20 ans. On y découvre aussi les reliquaires du trésor de la collégiale et les diverses châsses des saints à l'hon­neur en ce jour: Sainte Madelberte, Saint Landry, châsse du chef de Saint-Vincent et châsse de son corps. On y voit également un reliquaire de Sainte Waudru.

On peut admirer au même moment l'abbesse et les chanoinesses du cha­pitre de Maubeuge (les figurants portent ici des costumes tels qu'on les portait au XVle siècle). Enfin, avec des costumes du XVllle siècle, l'abbesse et les chanoinesses du chapitre noble de Sainte-Waudru (il s'agit évidemment de figurants).

Entre les diverses châsses, on peut également voir des évocations des illustres bienfaiteurs de la collégiale: Marguerite de Constantinople, Charles le Téméraire, Philippe le Bel, Maximilien d'Autriche, Philippe II et Marie-Thérèse.

C'est une vaste évocation du passé de Soignies, de ses origines et de son passé religieux surtout, que l'on peut découvrir au travers de la procession.

 

3. HISTORIQUE

Comme beaucoup d'autres manifestations de cet ordre, le Tour Saint-Vin­cent est né d'une épidémie. Au Xllle siècle, la peste sévissait dans la ville et dans la région. On eut recours à Saint-Vincent. Et les priè­res se trouvèrent exaucées. En reconnaissance les chanoines de Soi-gnies, avec l'autorisation de leur évêque, organisèrent la procession annuelle du Grand-Tour Saint-Vincent, déjà fixée à ce moment le lundi-de la Pentecôte. C'est une tradition quasiment ininterrompue (sinon par les guerres) qui a amené cette manifestation de piété jusqu'à nos jours. Son caractère très vivace est bien marqué par le fait qu'en certaines circonstances extraordinaires, et cette année encore, à des dates quelconques, on organise un Grand-Tour pour obtenir un chan­gement de temps ou la guérison d'un malade.

La procession comme telle n'est vieille que d'une cinquantaine d'années. Elle a été créée pour rendre un peu plus solennel le retour des re­liques à la collégiale. Cette procession historique représente au­jourd'hui le moment le plus spectaculaire et le plus attendu de la journée, peut-être même de l'année, à Soignies.

20:38 Écrit par Johan Viroux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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