23/10/2013

Espagne - Euskadi / Pays Basque - tamborradas, alardes et port d'uniformes napoléoniens en guise de raillerie

de Marliave Olivier, Fêtes et traditions du Pays basque, éd. SO., 1998

 

La tamborrada de Saint-Sébastien, p.66-70

 

Saint-Sébastien est sans doute la ville basque qui offre à ses habitants, tout au long de l'année, le plus grand nombre de fêtes réparties tour à tour dans chacun de ses quartiers20. Mais la Saint-Sébastien elle-même, c'est-à-dire la fête patronale, ou « le grand jour de la Saint Sébastien », revêt un aspect par­ticulièrement original. A partir du 19 janvier à minuit et pendant 24 heures, des milliers d'hommes et déjeunes garçons se mettent à défiler, à chanter et surtout à jouer du tambour dans les rues et sur les places de la ville. C'est la grande tamborrada de Donostia21.

Fête et gastronomie (comme souvent en Euskadi !) vont de paire car avant le coup d'envoi de minuit, les confréries gastronomiques se rassemblent dans leur club et l'on y déguste des pibales, ces alevins d'anguilles capturés le long des côtes du golfe de Gascogne et jusqu'à l'estuaire de la Gironde et dont le prix atteint des sommets qui ne rebutent pas les gourmets22.

 

Souvenirs napoléoniens et belles à la fontaine

 

Ne demandez pas à un Donostierra depuis quand la ville est ainsi saisie d'une folie de roulements de batteries en tout genre, chacun détient sa version de l'histoire des tamborradas... Une seule chose de certaine : la tradition est récente. Son origine la plus séduisante la fait naître auprès des trois fontaines qui alimentaient Donostia en eau potable au début du XIXe siècle. Les jeunes filles y formaient de longues files d'attente avant de remplir leur herrade cer­clée de cuivre. Et, pour passer le temps, elles s'amusaient à battre des mains le fond de ces récipients. Ces cruches oblongues, en bois, résonnaient comme des tambours et les admirateurs des belles vinrent à leur tour les accompagner avec des barils où l'on conservait le poisson séché.

Toujours est-il que dès 1817, la confrérie des jardiniers de la ville participa, tambours et barils en bandoulière, au défilé du carnaval et, l'année suivante, celle des chaudronniers s'en mêla. En revanche, nul ne connaît celui qui fit correspondre ces premiers défilés carnavalesques avec la fête de saint Sébas­tien, le patron de la ville. Nul ne sait, non plus, à partir de quelle date on se (p.67) déguisa en grenadiers de l'Empire ni pour quelle raison. La version la plus courante veut que ce soit par dérision, après les terribles guerres napoléo­niennes, que les soldats de l'Empire aient été mêlés aux premiers carnavals. Il est vrai que les Donostierras, occupés militairement pendant plusieurs mois, eurent le loisir de voir les grognards défiler...

A l'époque, le concert du 20 janvier débutait à 3 h 30 du matin. Les compa­gnies de tambours sortaient des locaux de la société « La Fraternité », située sur la montée du Castillo, vers les rues de la vieille ville pour interpréter sans fin un air populaire, la Sheshenarena. Suivait la compagnie de 1' Union artisa­nale qui démarrait à 5 h, fièrement précédée de deux cavaliers. Puis venaient les tambours de l'Euskal-Billera, de Gaztelubide et d'autres encore.

En 1879, les cuisiniers des confréries gastronomiques de Saint-Sébastien descendirent pour la première fois dans la rue avec des barillets sur lesquels ils se mirent à battre un rythme de marche. Mais l'apothéose survint à la fin du siècle lorsque Raimundo Sarriegui (1838-1914) composa un certain nombre de « mélodies pour tambours et barils », dont la célèbre Marche de Saint Sébastien (1861) :

 

Sébastian bat ba da zeruan Donosti bat bakarra munduan Ura da santua ta au da erria /

II y a un saint Sébastien, au ciel II y a un seul Donostia dans le monde Le premier est saint, le second une cité

 

Orra zer dan gure Donostia.

Irutxulo'ko, Gaztelupe'ko Joxemari zar eta gaztz (biz)

Kalerikkale, danborrajoaz Umore ona zabaltzen or dijoaz Gaurtandik gerora, penak zokora

Festara.... Dantzara !

 

Voilà ce qu 'est notre saint.

De Irutxulo, de Gaztelupe Jeunes et vieux (bis)

De rues en rues, le temps passe En répandant la bonne nouvelle Depuis aujourd'hui jusqu'à demain En laissant les peines au coin A la fête... A la danse !

Lorsque Sarriegui mourut, au début de l'année 1914, Saint-Sébastien ne :élébra pas de tamborrada, en signe de deuil envers le vieux musicien.

 

En tête des compagnies, remarquez le tambour-major. C'est un acteur (p.68) important de la réussite du défilé et son rôle revient toujours à un homme estimé, à la bonne humeur constante et aux mérites reconnus. On cite certains majors restés célèbres tel Anto­nio Pacheco, un des ani­mateurs de la Union Artesana qui mena ses troupes tambour battant pendant presque trente ans, de 1948 à 1975.

 

 

(Vingt-quatre heures de tambourinement ! De nouvelles compagnies de grenadiers font chaque année leur appa­rition à Saint-Sébastien pour célébrer, dans le bruit et Ici bonne chère, le saint protecteur de la capitale du Gipuz-koa. La rutilance des costumes est déjà un spectacle en soi, à partir du 19 janvier à minuit. (Photo A. Aguirre Sorondo) )

 

(Les cuisiniers et les membres des confréries gastrono­miques se joignent à la grande tamborrada depuis 1879. Ils interprètent des airs spécialement écrits pour "tambour et barils" par le compositeur Sarriegui. (Photo A. Aguirre Sorondo))

 

 

Le déferlement des jeunes grenadiers

 

Pour qu'une tradition survive, il faut y mêler des enfants. En 1927, cette évidence incita Mauricio Echaniz, le président de la société Euskal-Billera, à créer un premier groupe de jeunes joueurs de tam­bour qui se joignirent aux adultes pour la pre­mière fois cette année-là. Les enfants, brillam­ment déguisés en grena­diers de l'Empire, défi­laient à partir de 11 h du matin jusqu'à la place de la Constitution. Là, ils interprétaient plu­sieurs marches classiques (p.69) devant les élus municipaux et pour la plus grande fierté des parents, d'autant que le concert se répétait au kiosque des boulevards.

En 1961, ce fut la révolution, à l'initiative du responsable du tourisme de l'époque, avec la mise sur pied de neuf compagnies déjeunes pour la Saint-Sébastien. Dès lors, les groupes se sont multipliés et n'ont toujours pas fini d'être créés ; la plupart des centres scolaires de la ville possèdent à présent leur compagnie de musiciens. Lorsque les jeunes sortent du lycée, ils ont en général envie d'entrer dans une tamborrada et, s'ils n'y trouvent pas de place disponible, ils n'hésitent pas à en monter une. Mauricio Echaniz avait vu juste.

On peut compter à présent une quarantaine de compagnies, soit quelque 5 000 enfants accompagnés avec fierté, le long de leur circuit, par les encou­ragements des parents et amis. Point d'orgue de la Tamborrada Infantil : le rassemblement de tous les jeunes grenadiers, à midi le 20 janvier, devant l'hôtel de ville. Le vacarme y devient assourdissant, mais la joie des enfants fait à elle seule tout le spectacle.

 

(p.70) Où?

 

La tamborrada de la Saint-Sébastien débute à minuit place de la Constitu­tion. Le maire de la ville y accueille tous les officiels, les joueurs de tambour et beaucoup de Donostierras. Le cortège des musiciens se répartit ensuite dans les différents quartiers pour se retrouver sur la même place, 24 heures plus tard. Quant aux délicieuses pibales, on peut les déguster dans les restau­rants du vieux Saint-Sébastien.

Depuis 1958, la ville d'Azpeitia, en Gipuzkoa, célèbre également la Saint-Sébastien de façon aussi enthousiaste que bruyante.

 

Quand ?

Le 20 janvier, l'Eglise vénère saint Sébastien, patron des archers et des pri­sonniers. La grande tamborrada débute le 19 à minuit pour s'achever le 20 à la même heure. Mais l'ambiance ne baisse pas avant l'aube...

 

Ailleurs :

Saint Sébastien ou pas, beaucoup de bourgades du Gipuzkoa ont adopté la tradition des tamborradas d'enfants qui animent à présent plusieurs fêtes durant l'année.

 

 

(p.70-71)

Maures contre chrétiens à Antzuola

Défilé haut en couleur mené par un capitaine habillé d'un élégant frac, coiffé d'un bicorne et monté sur un cheval tenu par un assistant, la fête de cette ville du centre du Gipuzkoa replonge chaque année ses participants dans un événement historique vieux de plus de mille ans. Le cortège lui-même se compose d'un ensemble hétéroclite de tambours-majors, de fusi­liers, d'artilleurs et, bien sûr, d'un Maure, seul et lamentable au milieu de la foule.

 

Une longue mémoire

Le fait d'armes servant d'élément fondateur à cette fête remonte à l'an 920. Les Maures occupent alors le Sud de la péninsule ibérique depuis un siècle et (p.71) demi et ils tentent d'annexer sa partie septentrionale au cours d'incursions rapides et meurtrières. Une bataille oppose, cette année-là, des cavaliers musulmans aux seigneurs chrétiens et à leurs compagnies armées, dans la plaine navarraise à Valdejunquera, à proximité des villages de Salinas de Oro et de Muez. L'armée de Sancho Garces I et d'Ordono II, respectivement rois de Navarre et de Léon, subit une défaite devant les troupes extrêmement mobiles du calife Abd Al-Rhâman III. Et selon une tradition où se côtoient vérité historique et légende, la compagnie de gens d'armes d'un des villages réussit à arracher leur étendard aux Maures. C'est cet exploit qui est commé­moré à Antzuola dont l'Alarde (parade armée) se déroule autour de ce fameux drapeau, bannière de soie à dessins géométriques de plusieurs cou­leurs, traversée par une croix grenat (dite « de Bourgogne ») et décorée de symboles correspondant aux armes de la ville.

Le défilé et la fête sont bruyants. Les fusiliers tirent en l'air, les tambours ne laissent pas de répit et aux tirs d'ordonnance succèdent les décharges de deux petits canons, sans compter les txistus et les cris de la foule... Le fameux Maure, volontairement ridiculisé, a le visage grimé de noir et porte une sorte de turban, davantage turc qu'arabe, un burnous et des babouches aux pieds. Sa monture, un âne, fait contraste avec le fringant cheval du capitaine... Celui-ci reçoit l'ordre de ne montrer aucune fierté de la bataille de Valdejun­quera et de se montrer humble face à la population d'Antzuola dont l'exploit guerrier, la prise du drapeau, doit être, naturellement, mis en avant. Quant au Maure, il doit s'humilier devant le capitaine ! Et, à la suite de ce geste public, il se retire sous les arcades de la mairie.

Le défilé d'Antzuola forme donc ce que l'on appelle une alarde, ou parade armée. Cette irruption de militaires est devenue un élément courant dans le déroulement d'une fête populaire au Pays basque. Ce phénomène provient de la création d'escortes armées, un peu partout en Europe à l'époque du Moyen Age. Ces corps formés de citoyens avaient pour charge d'accompagner avec le maximum d'apparat tout événement extraordinaire de la vie civile ou reli­gieuse. C'est ainsi qu'il y eut des compagnies armées entourant la célébration de tel saint patron, d'un pèlerinage ou du passage d'une personnalité. Plu­sieurs fêtes religieuses basques ont gardé cette tradition avec le déploiement de drapeaux, comme la montée à N.-D. d'Arantza à Ainhoa, celle de Soiartz à Uhart-Mixe, de Saint-Martial à Irun ou encore celle de N.-D. de Sokorri à Urrugne.

 

(p.72) Ailleurs :

Cette fête populaire peut se comparer avec les morismas. aragonaises (Ainsa, Jaca) ou catalanes (en Andorre, la Morratxa de Santa Julia de Loria) et même avec la Saint-Vidian du Comminges (à Martres-Tolosane). En plus de leur connotation mythologique, toutes ces cérémonies renvoient à la longue et belliqueuse cohabitation des chrétiens et des musulmans dans le sud de l'Europe.

A noter que toutes les parades armées du Gipuzkoa ne mettent pas en scène des troupes antagonistes de Maures et de chrétiens (cf. la Saint-Martial d'Irun).

 

(p.74-78)

 

La Saint-Martial d'Irun

 

(p.74) Ambiance militaire pour débuter cette journée de fête à Irun : dès le matin, une garde armée se rassemble sur la grand-place de la ville frontière. Les hommes ont revêtu l'uniforme navarrais : pantalon blanc, veste noire et béret rouge avec leur fusil (de chasse) sur l'épaule. Le groupe musical Ciudad d'Irun interprète la Diane de Villarrobledo puis on se rend en défilant (mal !) jusqu'à l'église de Notre-Dame-de-Juncal pour tirer quelques salves d'hon­neur. La procession vers l'ermitage de saint Martial, pour accomplir un vœu arrêté en 1522, s'engage ensuite pour y assister à la messe, y pique-niquer et participer à différentes festivités populaires pendant lesquelles on déchargera à nouveau les fusils.

Nous sommes ici dans les rangs d'une des fêtes parmi les plus populaires puisqu'on y trouve couramment entre 50 et 60 000 soldats. Tout cela fleure bon la tradition, mais c'est en son nom que l'uniforme reste interdit aux femmes !

 

Les alardes d'Euskadi

Une demi-douzaine de fêtes, au Pays basque du sud, commencent invaria­blement par une sorte de défilé militaire dont les membres portent un uni­forme et une arme. Ce sont les alardeak (pluriel d'alarde), des parades armées auxquelles les Basques attachent une réelle valeur traditionnelle, si l'on en juge par le soin avec lequel ils transmettent aux plus jeunes ces comporte­ments festifs. Ces parades trouvent leur origine historique dans les escortes armées que les municipalités ont mises au point durant le Moyen Age, afin de disposer d'un corps de citoyens armés disponibles pour la défense de la cité. De même, ces milices étaient mises à contribution pour rendre les honneurs à l'occasion d'événements exceptionnels, civils ou religieux. Des compagnies d'hommes armés encadraient par exemple la procession du saint patron de la ville, la Fête-Dieu et son octave, les pèlerins vers un sanctuaire proche, tout en réaffirmant la propriété des lieux ou encore la réception de tel prince en visite. A l'apparition des mousquets au XVIe siècle, l'habitude fut prise de tirer une bruyante salve d'honneur.

En Euskadi, le terme d'alarde vient de l'arabe alrad (montrer, exhiber) qui a aussi donné en français une algarade. Dans le monde berbère, l'algarade accompagne tout événement public auquel on se mêle par le bruit, les cris ou les coups de feu. Pendant la période qui suivit les défaites carlistes, les coups de feu furent interdits en Gipuzkoa et lorsque la tradition revint, chaque com­munauté trouva dans son passé, plus ou moins légendaire, des actes histo­riques justifiant la présence des alardes.

Mais n'est pas soldat qui veut dans les alardes d'Irun. Le 30 juin 1996, une altercation assez violente a mis aux prises, sur la grand-place de la ville, un groupe d'une cinquantaine de femmes en uniforme militaire à des hommes qui se sont absolument opposés à leur participation à la parade de la Saint-Martial, en invoquant la tradition. Il est vrai que seuls des hommes ont paradé jusqu'à présent et que les milices n'ont jamais intégré d'éléments féminins... La discussion s'envenima entre les hommes qui menacèrent de boycotter la Saint-Martial et les femmes décidées d'aller jusqu'au bout ! Il fallut que la Guardia civil intervienne pour séparer les antagonistes : les femmes ont cédé le terrain et s'éloignèrent dans la honte, sous les quolibets masculins.

Cette attitude très machiste à Irun a de quoi surprendre, car de nombreuses alardes d’Euskadi comportent dans leur rang des cantinières dont l’uniforme est d’ailleurs particulièrement flatteur.

 

(p.75) Une troupe de 6 000 soldats

 

A Irun, la première parade de la Saint-Martial, dans sa version moderne, se déroula en 1881. Cette année-là, la troupe de citoyens déployés se monte à une quarantaine de personnes réparties en sept compagnies, chacune venant d'un quartier de la ville. Aujourd'hui, les compagnies sont au nombre d'une vingtaine et regroupent plus de 6 000 hommes armés de leur fusil, d'une épée ou d'une hache de sapeur ! Sans remonter aux antécédents moyenâgeux des (p.76) milices, les habitants d'Irun justifient l'existence de celles qui se déploient pour la Saint-Martial, le 30 juin, par la commémoration de deux faits d'armes victorieux remontant aux XVIe et XIXe siècles.

Dans la très longue série des guerres franco-espagnoles, les armées se sont opposées pen­dant trois jours (pendant les guerres d'Italie) en juin 1522, autour des hauteurs de Béobie et de la colline Saint-Martial. Les troupes françaises voulaient s'emparer d'un fortin, le Gazteluzar, que Ferdinand le Catholique avait fait construire en 1515, sur une hauteur dominant le Pas de Béhobie et la Bidassoa. En 1517, la garnison était composée d'une trentaine d'hommes et de trois chiens-loups. Cette forteresse avait une forme triangulaire avec des tours d'angle et une forte assise sur la pierre.

Quelle que fut la puissance réelle du Gazteluzar, les Français lancèrent attaques sur attaques entre le 28 et le 30 juin 1522 sans pouvoir enlever le fort. Pire encore, un millier de fantassins du Labourd encadrés par les sei­gneurs de Saint-Pée et d'Urtubie, et renforcés par des mercenaires allemands, furent mis en déroute par les milices d'Irun et de Béhobie qui, à l'époque, ne constituaient qu'un seul territoire communal avec Fontarrabie.

Une seconde bataille mémorable dans un secteur proche a renforcé le pres­tige des milices locales, pendant les guerres napoléoniennes, le 31 août 1813. Cette fois, le maréchal Soult dut reculer dans ses tentatives de prise d'assaut de la colline Saint-Martial où se trouve l'actuel ermitage. Les troupes fran­çaises essuyèrent un feu terrible des batteries anglaises postées sur le terre-plein du sommet, tandis que les milices civiles appuyaient la défense du site.

 

(Défilé des compagnies armées à la Saint-Martial. L'Alarde d'Irun constitue un des grands événements basques en terme de participation populaire, pour com­mémorer deux faits d'armes remontant au XVIe et XIXe siècles. (Photo A. Aguirre Sorondo))

 

(p.77) La joie populaire fut telle que la municipalité décida de rendre grâce à saint Martial chaque année le 30 juin avec un pèlerinage processionnel à la petite chapelle qui domine Irun.

Ces deux exploits sont passés à la postérité avec un monument commé-moratif, à gauche de l'entrée de l'ermitage pour les affrontements du XVIe siècle, tandis qu'une urne de marbre noir, à l'intérieur du sanctuaire, contient les cendres des victimes de l'assaut du maréchal Soult.

 

Où?

 

L'accès au sanctuaire de saint Martial (San Marcial) est fléché à par­tir du centre d'Irun.

 

Quand ?

 

Le 30 juin dans la ville frontière. Une autre alarde se déroule à Hon-darribia (Fontarrabie), le 8 septembre, à l'occa­sion des fêtes de N.D. de Guadalupe, mais les txistus et leur harmonie se mêlent aux fusils et aux coups de feu.

 

(La présence de sapeurs napoléoniens, dans plusieurs fêtes d’Euskadi (ici à Irun), reste un mystère. S’il s’agit de réminiscences des guerres franco-espagnoles, c'est donner le beau rôle aux envahisseurs ! Ces uniformes dérivent sans doute des habits portés par les membres

des compagnies municipales et remis à l'honneur au début du XfXe siècle. (Photo A. Aguirre Sorondo)

 

 

(p.78) Quand?

Jusqu'à des années récentes, les valléens se partageaient à l'amiable les jours de montée à Roncevaux tout au long de la semaine des processions à partir du lundi de la Pentecôte. Aujourd'hui, les fidèles de Notre-Dame-d'Orreaga se répartissent les dimanches des mois de mai à septembre, entre la demi-douzaine de vallées encadrant le grand sanctuaire.

Le dimanche le plus proche du 8 septembre, les paroissiens du canton de Saint-Jean-Pied-de-Port organisent leur montée à Roncevaux.

 

 

 

(p.88-) Pasta Berri, la Fête-Dieu

 

 

Des couleurs, des costumes très origi­naux, une procession évoquant les fêtes rurales du XIXe siècle et des villages décorés comme des théâtres. C'est le cadre de Pesta Berri (la Fête-Dieu) avec, en outre, l'occasion d'assister à une danse dans une église, phénomène qui a disparu partout ailleurs dans la chrétienté et depuis fort longtemps.

Fête religieuse ? Bien sûr, mais pas seu­lement, car les Pesta Berri permettent de se mêler à tout une communauté villa­geoise qui se donne en spectacle à elle-même selon un rituel immuable et fort étonnant.

 

( La Fête-Dieu à Iholdy. A la sortie de la messe, le défilé se compose des oillarrak (les coqs) entourant le Suisse, avant le groupe des zapurrak (les sapeurs). La pesta béni se reproduit ainsi dans une dizaine de localités de Basse-Navarre. (Photo G. Dubertrand))

 

(Ci-contre :

Sapeur accompagnant le défilé de la Pesta

Berri, à Iholdy. Les zapurrak portent le tablier

de cuir des sapeurs napoléoniens, un bonnet de

grognard et la hache correspondant à cette

ancienne fonction militaire. Chacun y rajoute, à

son goût, miroirs, médailles ou photos.

(Photo Dubertrand))

 

(p.89) Des sapeurs en procession

 

Pour qui découvre les Fête-Dieu basques, le moment le plus surprenant est sans doute l'arrivée du groupe des danseurs dans l'église du village. Escorté par une « garde nationale», un petit groupe d'hommes habillés de blanc et couverts de minces rubans rouges, verts ou jaunes effectue une bien curieuse entrée dans le chœur de l'église. Au son des flûtes et des tambourins (txistus et ttun-ttun), le chef de file avance de deux pas pour reculer d'un autre, à l'unisson des très sérieux tambours-majors (makilaris), et avec les « sapeurs napoléoniens ». Le rituel dure un long moment, apprécié par la foule des vil­lageois : les hommes se concentrent dans les tribunes et les femmes dans les travées de la nef.

Le bruissement des grelots portés aux mollets par certains danseurs s'am­plifie ; tout ce monde se répartit autour de l'autel et bientôt le curé fait son entrée dans le chœur pour célébrer la messe. Celle-ci sera marquée par des sonneries tonitruantes, des ondoiements de drapeaux et autant de roulements de tambours avec de véritables démonstrations de relèves militaires au pied de l'autel et dirigées de la voix par le capitaine des gardes.

Déjà, avant la messe, vous aurez admiré à loisir la cohorte des fameux sapeurs qui auront défilé dans les rues. A Iholdy, leurs immenses bonnets de grognards napoléoniens s'affublent de miroirs, de médailles pieuses ou de décorations, et cette bimbeloterie étincelle au soleil... Tous portent le grand tablier de cuir qui distinguait autrefois le corps des sapeurs militaires et que l'on trouve encore dans les rangs de la Légion étrangère. L'ordre de ce défilé est fixé comme un cérémonial : deux oillarrak (coqs) ouvrent la marche, sui­vis par un Suisse avec son uniforme rouge, son bicorne et sa hallebarde. Viennent ensuite les zapurrak (sapeurs) coiffés de bonnets à fourrure et portant (p.90) leur hache de bois. Un makilari (tambour-major) mène les musiciens en jouant de son bâton enrubanné, deux bandelariak portent des drapeaux (fran­çais le plus souvent) tandis que des officiers encadrent la troupe des jeunes. Ceux-ci marchent fusil (de chasse) sur l'épaule, en uniforme : pantalon blanc, veste noire et cravate rouge.

 

Quelle est l'origine de cet apparat militaire ? Cela reste un peu mystérieux. Des textes du XVIIe siècle font allusion à la participation de compagnies en arme pour suivre la procession du Sacré-Cœur (à Labastide-Clairence notam­ment, mais ce village n'est pas de peuplement basque). Il ne fait aucun doute que les sapeurs datent bien de l'époque napoléonienne et plus précisément des guerres contre l'Espagne. Quant à cette milice armée, il faut y voir un

(p.91) souvenir des escortes créées au Moyen Age pour accompagner les événe­ments, civils ou religieux, qui marquaient la vie de la cité26.

 

La Fête nouvelle

 

La Fête-Dieu porte au Pays basque le nom de Fête nouvelle (Pesta Berri), une éthymologie qui dénote son origine étrangère. C'est en effet dans les Flandres et en Belgique que l'Eglise commença à instituer cette cérémonie, en 1264, sous l'impulsion du pape Urbain IV. Clément V la popularisa réelle­ment à partir du XIXe siècle. Paradoxalement, les Basques font partie de la minorité en France qui maintient la tradition de la Fête-Dieu avec ce qu'elle a de plus populaire : sa procession et ses danses. Au départ, il s'agissait, dans chaque paroisse, de « montrer Dieu» aux fidèles à une époque où l'on com­muniait rarement. Puis, avec le temps, cela devint une démonstration de la doctrine de la présence réelle qui culmina au moment de la Contre-Réforme. Mais la procession publique n'est jamais que la prolongation de celles qui autrefois concluaient, à une échelle plus réduite, les vêpres du dimanche.

Mais, si riches que soient les défilés contemporains de Pesta Berri, ils n'égalent pas ceux du XVIIIe siècle, avec des anges, des saints, des apôtres, des géants, des nains et même des dragons ! Et il est probable que tout ce monde mettait en scène des passages bibliques pour l'instruction des fidèles. Certains de ces personnages continuent d'animer la Pesta Berri d'Onati, en Gipuzkoa : un saint Michel très saint-sulpicien, des gardes romains, des saints divers et un groupe de huit danseurs qui interprètent la danse du zortiko durant la procession.

L'aspect clinquant des Pesta Berri correspond toujours à la symbolique des Fête-Dieu qui ont intégré des rites d'origine pré-chrétienne. Il s'agit en effet d'une cérémonie presque solaire, placée à proximité du solstice d'été, animée par des hommes vêtus de blanc, coiffés de bonnets reflétant le soleil et cou­verts de rubans multicolores (représentations de la verdure renaissante ?).

 

(En pages suivantes :

Portrait de famille des acteurs de la Fête-Dieu d'Onati, en Gipuzkoa. Ils portent des masques de saints et d'apôtres auréolés. Devant eux, les huit danseurs qui interprêteront un zortiko pendant la procession en ville. Cette fête a gardé certains aspects rappelant le dérou­lement des anciennes pesta berri du XVIIIe siècle où l'on reconstituait de véritables scènes religieuses. (Photo A. Aguirre Sorondo) )

 

(p.118-) Les cavalcades

 

Cette fête risque de disparaître dans l'indifférence (presque) générale. Seuls quelques villages poursuivent, difficilement, une tradition carnava­lesque à ses origines mais qui se maintient à présent durant la période esti­vale. Arneguy, Ispoure, Lasse, Uhart-Cize et Valcarlos sont les dernières communes à faire vivre chaque année une cavalcade avec ses personnages, ses cavaliers et ses danses particulières.

 

Un défilé équestre et coloré

 

Comme la Soûle et sa mascarade, la Basse-Navarre s'était créé autrefois son propre carnaval avec la cavalvade aussi dénommée Santibate. On est loin aujour­d'hui des grands défilés colorés des années 1930. Moins qu'un rituel, cette fête est devenue un rassemblement de person­nages déguisés et son principal intérêt réside dans sa valeur chorégraphique. Le défilé lui-même consiste toujours, selon la tradition, à quêter des vivres auprès de la population pour le copieux repas du soir qui, autrefois, marquait la fin des « jours gras » lorsque la cavalcade se déroulait encore durant l'hiver. Aujourd'hui, on fait irruption dans le village pour s'arrêter sur la place publique et exécuter une série de danses.

Selon le schéma classique de la caval­cade, on doit trouver les personnages sui­vants :

- Les Bolantak, merveilleux danseurs comme l'indique leur nom (les volants) mais dont la qualité a notablement baissé depuis plusieurs dizaines d'années. Ils étaient autrefois coiffés (à Bidarray et à Saint-Jean-Pied-de-Port) d'une extraordi­naire tiare de plus de 60 cm de haut, décorée de rubans, de fleurs artificielles et même de miroirs, mais elle a été remplacée par un béret, plus facile à conserver sur le crâne pour exécuter des entrechats. Le groupe de danseurs Garastarrak (Ceux de Saint-Jean-Pied-de-Port) a conservé cette coiffe traditionnelle.

Costume des Bolantak : chemise blanche avec jabot coloré de rouge, cein­ture multicolore, pantalon blanc orné de galons, sandales blanches à lacets rouges.

- les Zapurrak, ou sapeurs, habillés à la mode des grognards napoléoniens (veste bleue à passementerie, pantalon blanc et bonnet à poils), à peu près tels qu'ils apparaissent pendant les Fête-Dieu de Basse-Navarre.

- les Zaldikoak, cavaliers très élégants, aux rutilantes vestes rouges, se font malheureusement rares, alors qu'ils formaient la principale attraction de ces défilés qui tirent leur nom de la présence des cavaliers. Ils sont équipés d'une perche leur permettant de quêter des victuailles jusque sur les balcons des maisons.

- les Gigantiak, grandes poupées féminines portées sur les épaules d'un danseur camouflé sous les plis d'un long drap blanc.

10:04 Écrit par Johan Viroux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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