29/12/2012

France - Occitanie : Saint-Tropez: la bravade (in: Le Marcheur, 9, 1984, p.5)

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http://www.presquile-saint-tropez.com/html/bravade.html

 

 

 

in : Le Marcheur 9, 1984, p.3-5

 

La Bravade de Saint-Tropez

 

ORIGINE DE LA BRAVADE

 

 

 

Saint-Tropez'1' n'a pas toujours été la paisible bourgade d'aujourd'hui. La citadelle crénelée qui couronne son front, les tours massives qui, au bord de son golfe d'idéale beauté, semblent défier l'effort des siècles, les vieilles maisons qui dissimulent mal leur primitive destination, les arceaux décrépits qui encadraient autrefois des portes fermant les remparts, voilà tout autant de témoins d'un passé très agité.

 

Saccagée une première fois au IXe siècle par les sarrasins, dont le repaire longtemps inexpugnable du Fraxinet (La Garde-Freinet) dominait toute la contrée, Saint-Tropez reparut pour quelque temps après leur écrasante dé­faite en 973, où s'illustra Gibelin de Grimaldi. Mais deux siècles ne s'étaient pas écoulés que, en butte aux attaques incessantes des pirates, la malheu­reuse cité n'était plus qu'une ruine déserte. Pour mettre un terme au massa­cre inutile et répété de sa garnison, il fallut même abandonner la tour car­rée, encore de nos jours adossée au Château Suffren, qui seule défendait ces infortunés rivages. La région était dès lors ouverte à toutes les entrepri­ses de l'ennemi. C'est pourquoi Jean de Cossa, baron de Grimaud, grand sénéchal et gouverneur de Provence, dont la juridiction s'étendait jusqu'à Saint-Tropez, fit appel en 1470 à un gentilhomme génois, Raphaël de Ga-rezzio, pour reconstruire la ville, et lui céda en retour tous ses droits sei­gneuriaux, sur le territoire de Saint-Tropez. Ce dernier amena une colonie de vingt et une familles génoises qui, faisant de Saint-Tropez leur nouvelle patrie, passèrent avec lui deux actes de transaction (1470 et 1479) en exécu­tion desquels ils relevèrent définitivement les maisons écroulées, les ceigni­rent de remparts et exercèrent la plus active surveillance contre les pillards qui infestaient la côte. Saint-Tropez devint ainsi l'oppidium du golfe, le soli­de avant-poste contre lequel s'usèrent toutes les attaques, la garde d'élite où l'on venait puiser du secours pour la défense de toute la côte, la réserve pré­cieuse qui fournissait tantôt des provisions de bouche, tantôt des pièces d'artillerie et jusqu'à des frégates de guerre. Comme contre-partie de cette défense, dont toutes les charges étaient supportées par la nouvelle cité, le Roi René, Comte de Provence, la déclara terre de privilège et ses habitants exempts de tout impôt et corvée quelconques.

 

Lors de l'annexion de la Provence à la France, les Rois confirmèrent et maintinrent ces privilèges.

 

(1) Ancienne colonie grecque (3e siècle avant J.-C.) fondée par les Massaliotes sous le nom de Anthénopolis. Plus tard, prit le nom de « Héracléa-Caccabaria » et enfin Saint-Tropez sous l'empereur Constantin, au IIIe siècle.

 

 

 

(p.4) Ce cycle héroïque de l'histoire de la cité dura environ deux siècles. Parmi les fréquentes alertes, en contact presque ininterrompu avec le péril, les tro-péziens vivaient, on peut le dire sans exagération, les armes à la main. Comment les auraient-ils laissées inactives au jour de la fête du Patron de la Ville, ces hommes à la foi aussi vive qu'à l'ardent courage ?

 

// n'est donc pas étonnant, lisons-nous dans l'intéressante « Vie de Saint-Tropez » de l'Abbé Espitalier, que le jour de la fête patronale, les Tropé-ziens aient conservé leurs armes, soit pour protéger contre les attaques im­prévues des pirates la procession qui, nous le savons, se rendait tous les ans à la chapelle de Saint-Tropez hors les murs(1 soit pour rehausser par leur présence l'éclat de la solennité. Mais les armes pouvaient-elles toujours de­meurer muettes dans les mains de ceux qui les portaient ? Ne sait-on pas que de tout temps les décharges d'armes à feu ont été regardées.comme une marque d'honneur ? Ce fut ce sentiment qui poussa les Tropéziens à tirer les premiers coups de mousquets devant la statue de leur glorieux patron, puis peu à peu les décharges furent plus nombreuses et bientôt l'usage s'in­troduisit de marquer par les détonations bruyantes et une bravade régulière la fête de Saint-Tropez.

 

Telle est l'origine de la Bravade. Née presque en même temps que la cité, elle lui appartient en propre et est intimement liée à son vieux passé de vail­lante gardienne de tout le golfe.

 

 

 

(1)    Actuellement adossée au Couvent des Ursulines.

 

A.M. - L.S.

 

14:04 Écrit par Johan Viroux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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